La conjonction des deux océans
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Les chrétiens disposaient jusqu'ici d'un ensemble de docteurs pour les orienter dans la vivification de leur foi que l'Eglise catholique romaine compte actuellement au nombre de trente-six – ce qui est déjà en soi une indication sur le caractère polaire de ce corps d'élite.
Le dernier d'entre eux qui fut en son temps le trente-troisième de cet ensemble que nous avions alors recensé comme tel fut Sainte-Thérèse de Lisieux (+ 1897) nominée à son doctorat par Jean-Paul II un siècle après son décès en octobre 1997.
Il nous serait dès lors difficile de théoriser l'existence de quelque chose de comparable qui transcenderait ces limites avant ça du côté d'une direction centrale qui inclurait dans un même ensemble des traditions orientales mises à mal par notre modernité.
On ne pourra guère y inclure Gérard de Nerval (+ 1885) ou Alexandre Saint-Yves d'Alveydre (+ 1909) qui reçurent une aide de ce côté là dans l'élaboration de leurs œuvres voir même Ivan Aguéli (+ 1917) avec qui commence l'aventure moderne de la « malâmatiyya ».
Il existe certes dans la littérature Rose-Croix une tradition du Noble Voyageur par laquelle s'invente le voyage en Orient et le contact oriental avec des traditions exotiques mais sous un strict anonymat que viennent rompre des voyageurs romantiques.
Les plus édifiants étant pour la suite de leurs généalogies François-René de Chateaubriand (+ 1848) et Alphonse de Lamartine (+ 1869) précédant parfois sur les mêmes chemins ceux que nous avons cité plus haut avec le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie – « el Desdichado ».
Le poème de Nerval vient marquer la rupture dès 1856 – compte ce qu'il nous manque encore de temps :
- Le premier à en assumer le Pôle pendant près de vingt ans est incontestablement René Guénon (+ 1951) après le décès de son Sheykh – Elîsh al-Kabîr (+ 1922) – et son installation au Caire après 1930.
- Le second est incontestablement Michel Valsân (+ 1974) qui l'assumera dès la réception du Triangle de l'Androgyne pendant près de vingt-cinq ans – ce qui amènera son disciple à théoriser une influence de son prédécesseur jusqu'en 1961 en situant sa genèse dès 1907.
- Le troisième à l'assumer pendant près de cinq ans dès la création de l'Université Saint-Jean de Jérusalem est Henry Corbin (+ 1978) sans véritable continuité mais sous l'influence évidente de Louis Massignon (+ 1962).
- Le quatrième à l'assumer de la façon la plus explicite pendant près de quarante-cinq ans est Charles-André Gilis (+ 2025) qui n'inclura à ses allégeances ni la régence de Corbin ni la rivalité de son condisciple – Michel Chodkiewicz (+ 2020).
Soit près d'un siècle d'influence sous le Pôle du Centre suprême à la conjonction des deux océans dont l'interpénétration avait commencé dès 1830 avec le djihad de l'émir – abd al-Qâdir al-Hasani.
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« Or je ne crois pas que cette question [ qui le Glorieux du Livre de Jâbir désigne-t-il ? ] puisse être posée sans mettre en cause la personne qui est censée être l'auteur du Corpus jabirien – à savoir Jâbir lui-même.
« Ce fut jadis un sujet d'entretien fréquent entre Paul Kraus (+ 1944) et moi-même [ Henry Corbin ] : en fin de compte puisque le Glorieux ne se confond pas avec l'Imâm Mahdî ...
[ ou avec le « Qa'im » que la dynastie fatimide identifie avec lui au onzième et au douzième Imâm dans ce que Corbin qualifie de figure numérique en l'étendant au « Yatîm » qui correspond vraisemblablement à la décade des cinquante-cinq degrés de sa hiérarchie ]
... ne serait pas Jâbir lui-même ?
[ Il faut toutefois constater que la Gloire du « Mâjid » correspond à la prétention de Bahâ'u'Llâh (+ 1892) quand il se dit manifesté par le Bayân du Vivant de 1844 comme le « Yatîm » peut correspondre en 1856 au « Desdichado » – l'Orphelin solitaire et sans pareil.
Le « Qa'im » fait référence à la Résurrection dans un processus de dévoilement qui suit la phase d'occultation à laquelle le Mahdi vient mettre fin bien que la figure numérique du « Yatîm » (10) soit différente de celle (6) qui préside à l'alternance de ces phases.
Elles sont néanmoins congruentes si on identifie la première en-deçà de sa signature métaphysique au septième Imâm – Muhammad al-Maktum – qui fut en réalité le fils de l'Imâm Ismaël auquel on identifie communément l'imâmisme septimain. ]
« Mais en inclinant à l'affirmative, nous nous représentions la chose surtout comme une revendication secrète de Jâbir – une aspiration au rôle historique et politique réservé à l'Imâm attendu par toutes les idéologies « quarmates » ou apparentées. »
[ Mais cette interprétation suppose une origine au moins partielle plus récente d'un manuscrit originel qui se dégage dès l'époque de l'Imâm Ja'far as-Sadîq (+ 765) de principes alchimiques remontant à l'Egypte hellénistique fondée par Alexandre le Grand (- 330).
Le Gloire du Glorieux c'est la Lumière d'Ahura Mazda transmise par Salmân au Sceau des prophètes et aux Imâms telle qu'elle infuse la Lumière muhammadienne. ]
Cf. Henry Corbin – Postlude au Livre du Glorieux de Jâbir ibn Hayyân (1950)
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Pour Rajab Borsi (+ 1411) les quatre lettres de la Majesté [ « al-Jalâla » ] et leurs degrés ont quatre anges : Gabriel – Michaël – Seraphiel et Azraël.
Ils correspondent aux quatre prophètes : Abraham – Moïse – Jésus et Muhammad.
Et ces correspondance sont celles du Père, du Fils, du Saint Esprit et de la Sainte Trinité dans le monde des théophanies prophétiques qui sont en dessous de celles des anges.
La cinquième – celle qui est sur le Trône et qu'on identifie au Metatron – n'est pas l'un d'entre eux mais « ALLâH » lui-même dont l'Ipséité s'identifie dans le monde des anges à Yaël – l'ange du Seigneur.
La Déisis de la Mère de Dieu et du Précurseur – Yahya le Vivant – met le Christ sur le Trône du Seigneur des armées qui sont celles des hiérarchies célestes où il occupe une lieutenance califale à la suite d'Adam.
Il s'agit d'ailleurs plutôt d'archanges puisque lorsqu'il évoque les sept attributs divins il ne cite déjà que ces quatre là.
Les sept prophètes qui leur correspondent sont alors Adam – Idrîs [ c'est-à-dire Hénoch ou Hermès ] – Abraham – Joseph – Moïse – Aaron et Jésus.
Muhammad apparaît encore ici explicitement comme l'Octave qui les récapitule tous ensemble en tant que Sceau des prophètes.
Séraphiel semble apparaitre à la place d'Uriel au milieu du Ciel tandis qu'Azraël semble inverser un ordre où il occupe celle de Raphaël – ce qui confirme des variations sur le même nom que leur nomenclature met plutôt en relation avec Abraham.
Par ailleurs, Rajab Borsi n'évoque qu'une dizaine de lettres dans les sections qui définissent leur Science – ce qui n'est peut-être pas sans rapport avec le « Yatîm » qui précède le Mahdi dans le dévoilement de son « Qa'im ».
Cf. Rajab Borsi traduit par Henry Corbin et Pierre Lory – Les orients des lumières (1996)

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