Le cycle imâmite

...

« Le système de la pensée ismaélienne est en forme de cercle. Pénétrer en un point c'est s'obliger à faire le tour pour le comprendre.

« Prenons comme point de pénétration précisément cette théorie des cycles qui caractérise la conception ismaélienne de l'histoire et qui est entièrement adoptée par Jâbir.

« Elle pose une succession cyclique de révélations constituant l'histoire humaine – laquelle se divise en sept périodes ou millénaires inaugurées chacune par un prophète.

[ Il faut dès lors comprendre que ces millénaires ne sont pas des nombres d'années mais le rang numérique du chiffre qui leur revient tel qu'il se situe entre la myriade de l'ange et le siècle de l'Imam quand il assume la plénitude de la vie humaine. ]

« Ajoutons que lors de son plein développement, la spéculation ismaélienne posera un schéma encore plus grandiose : ...

« ... ces cycles de sept périodes alternent eux même en une succession de cycles de dévoilement et de cycles d'occultation dont la totalité constitue le grand cycle cosmique. »

[ Cette alternance suffit en réalité à justifier l'occultation de la lignée imâmite ismaélienne, l'émergence du califat fatimide et le retrait du calife al-Hâkim divinisé par les Druzes.

Le grand cycle cosmique fait ici l'objet d'évaluations que la vie des Imâms suffisent à circonscrire aux siècles que le septième soit prit en compte ou pas puisqu'ils ne sont qu'au nombre de douze parmi les quatorze immaculés semblables aux phases de la Semaine.

Les 360.000 ans du Pîr ou les 400.000 éons de 400.000 périodes dont la durée n'est pas donnée mais dont la totalité est seize à la dixième décimale sont donc sans autre fondement que le rappel de la quadrature du Maha Yuga (4/10) dans le Kalpa du Manvantara.

Le cycle d'occultation des douze est de mille ans quand il correspond à la manifestation du Point du Bayan à partir duquel le Vivant se manifeste sous la forme du Nouvel Adam dans un cycle angélique de 50.000 ans où se manifeste leurs cinq prophètes pendant 5.400 ans.

Les 5.400 ans correspondent ici aux degrés des cinq angles du pentagramme (5 x 108) où chaque prophète occupe un angle avec son Imâm et un solde qui est celui de la quarantaine qui sépare le Manvantara d'un cycle de 5.500 ans où se répartissent les jours bissextiles.

Le septième Imâm est ici le premier des six qui suivent ceux qui les précèdent jusqu'au douzième dont la manifestation dans l'ordre des millénaires est aussi celui des siècles pour celui qui les sépare du cycle prophétique dont il est question.

Le décompte reste néanmoins extrêmement délicat puisque le second – al-Hasan – n'est plus pris en compte après l'occultation du septième qui caractérise le suivant – Muhammad – comme le « Mahdi » déplace à son tour son dévoilement sur son « Qâ'im ».

Ce n'est donc par conséquent qu'à partir du précédent que l'on compte al-Hâkim comme le sixième calife fatimide avant l'occultation qui probablement n'en compte plus que cinq dans l'ascendance des anges et des prophètes qui les précèdent.

Cette suite (7 + 6 + 5) en fait sept de plus sur celle que nous avions retenu jusque là par analogie entre les deux branches à partir du tronc ja'farite (6 + 5 + 5) – ce qui en fait vingt-quatre avec le douzième par analogie avec le nombre de leurs prophètes (24).

Ce résultat (18) qui correspond aussi à celui du Grand Schisme de 1094 mérite qu'on s'y arrête puisque le précédent (16) focalisait en réalité sur le nombre onze qui apparaissait à partir du tronc sur chacune des branches au moment du dévoilement (881) : ]

« Le développement atteint [ chez Jâbir ] jusqu'à cinquante-cinq grades correspondant aux cinquante-cinq sphères célestes [ – ] les degrés de la hiérarchie terrestre ésotérique [ correspondant ] aux degrés de la hiérarchie angélique céleste. »

[ En l'occurrence cette correspondance bien réelle entre les anges, les prophètes et leurs Imâms reste en rapport avec la Somme de la décade (55) dont la correspondance est ici celle des onze cycles de cinq cents ans dont nous venons de rappeler le principe.

Relevons encore que le douzième Imâm de l'imâmisme duodécimain n'est pris en compte que par les chevauchements du dévoilement où il ne transparaît que dans l'occultation (873) que compensent leurs deux derniers Imâms fatimides – az-Zâhir et al-Mustansir.

Ceux qui succèdent à al-Hâkim ne sont en quelque sorte que les équivalences de ce décompte où ils pallient à l'absence du second – al-Hasan – qui a renoncé à son imâmat et à celle de Celui qui vient pendant mille ans avec le Point du Bayân.

De même, le « Qâ'im » avant d'être le second du « Mahdi » peut aussi être considéré comme le treizième des douze avec al-Hasan et en tant que tel être considéré comme le premier des sept qui le suivent jusqu'au dernier avec al-Mustansîr.

On peut donc considérer que le cycle imâmite se referme avec les successeurs d'al-Hâkim tout en restant ouvert aux syllogismes que tracent les parallèles de leur économie cyclique entre l'Imâm Ja'far et le Sheykh al-Akbar ou l'imâm al-Mahdi et le Qutb al-Maktum.

Les premiers ferment un cycle de dévoilement. Les seconds ouvrent un cycle d'occultation. Mais ces caractéristiques s'inversent d'une branche à l'autre sur les quatre possibilités de leurs dialectiques ne laissant qu'entrevoir la Grande Résurrection.

Celle de la Convocation d'Alamut (1090) qui sera résorbée par les Moghols et les Ottomans, celle qui nous attend à la fin d'un grand cycle cosmique avec la Parousie du Christ. ]

Cf. Henry Corbin – Prélude au Livre du Glorieux de Jâbir ibn Hayyân – Alchimie et Gnose ismaélienne (1950)

   

    

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