La mort d'Averroès

...

« Il peut sembler paradoxal de rassembler huit siècle de philosophie [ ... ] en une [ seule ] période.

« Mais ce paradoxe fait simplement apparaître la difficulté qu'il y a à établir une périodisation de la philosophie islamique qui concorde avec celle qui nous est coutumière en histoire de la philosophie.

« Remarquons tout d'abord que si nous nous exprimons selon le comput islamique, cet intervalle s'étend du septième siècle de l'hégire jusqu'à la fin du quatorzième [ où elle s'achève avec l'école shaykhie et celles du Khorassan ] ...

« ... et que le sentiment de la temporalité historique et de ses périodes ne peut être tout à fait le même dans le cas où la vie intérieure du penseur est axée et située selon l'ère de l'hégire et dans le cas où elle est axée et située selon l'ère chrétienne.

« Notre schéma : « Antiquité – Moyen Age – Temps modernes » ne peut trouver de bases qui lui correspondent dans le temps de l'ère islamique.

[ En réalité Corbin rétablit la répartition de son triptyque dans l'ornière des cycles traditionnels en l'adossant à la mort d'Averroès. ]

« Nous pouvons certes établir des concordances de calendriers [ mais ] elles sont tout extérieures, purement pragmatiques [ et ] elles ne concernent pas la contemporanéité réelle [ que Corbin qualifie ] d'existentielle [ de point de vue de sa phénoménologie. ]

« Le premier problème [ que nous pensons avoir résolu ] se montre donc comme celui d'une périodisation satisfaisante. »

[ « Telles sont à grand traits les données sur lesquelles se fonde une périodisation interne de la philosophie islamique avant et après la mort d'Averroès. » ]

« Averroès meurt en 595 / 1198. Longtemps on a considéré que ses funérailles avaient été également celles de la philosophie islamique.

« On avait raison en ce sens qu'avec lui s'achevait cette phase de la philosophie islamique que l'on a désignée comme « péripatétisme arabe ».

« Mais on n'en avait pas moins complètement tort parce que l'on perdait de vue qu'avec la mort d'Averroès commençait quelque chose de nouveau, ...

« ... quelque chose qui est symbolisé par les noms de Sohravardî (587 / 1191) et de Muhyi'd-Dîn ibn 'Arabî (638 / 1240)

[ ... qui nous sont donnés dans l'ordre chronologique où ils apparaissent comme la propédeutique et l'aboutissement de ce renouvellement. ]

« C'est là même le fait nouveau [ qui nous permet d'inscrire le préliminaire de cette vue d'ensemble qui date de 1974 dans sa jonction avec le champs néo-akbarien, ] ...

« ... ce quelque chose qui dans le développement de la pensée islamique marque une articulation décisive en ce sens que ce qui fait son apparition avec ibn 'Arabî et dont les sources [ remonteraient à minima ] jusqu'à l'école d'Alméria [ ... ]

« ... va dominer l'univers de la pensée islamique jusqu'à nos jours. »

Cf. Henry Corbin – Histoire de la philosophie islamique depuis la mort d'Averroès jusqu'à nos jours – Aperçu d'ensemble (1974)

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La grange figure mystique qui apparaît sur cet horizon akbarien n'est pas celle du Sheykh al-Ishrâq qui précède si directement celle du Sheykh al-Akbar mais celle de Rûzbehân Baqlî ash-Shirâzî (+ 606) qui ouvre ici la métaphysique du Soufisme.

Nous devons dès lors aborder cet horizon sapiental que Corbin définit comme une mystique spéculative qu'il situe entre la Pensée sunnite et la Pensée shi'ite à partir d'un espace de médiation qui s'étend de l'Occident à l'Orient entre l'un et l'autre.

Cette configuration n'est par ailleurs que la reproduction de celle qui apparaît déjà parmi les « ahl al-Bayt » après l'imâmat de Ja'far as-Sâdeq entre les tenants de l'occultation et du dévoilement qui précèdent l'avènement du Califat fatimide :

   
M.H.M.D

B.Y.N         <         R.Z.B.H.N         -         M.H.Y.D.N         <         'I.S.A

A.H.M.D

    

    

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