L'heptade des six imâms

...

« Le douzième Imâm est présent à la fois au passé et au futur. Enfant de cinq ans, il disparut mystérieusement lorsque son jeune père – le onzième Imâm  Hasan al-'Askarî – quitta ce monde (260 / 873).

« Commença alors la période que l'on appelle celle de l'Occultation mineure pendant laquelle l'Imâm ne fut visible que de quelques intimes.

« Puis son quatrième délégué reçu de lui l'ordre de ne point se désigner de successeur par une lettre pathétique dans laquelle l'Imâm annonçait qu'il ne serait plus visible jusqu'à l'heure de sa parousie ...

« ... et que quiconque se réclamerait de lui pour une action publique serait un imposteur.

« Commença alors la période de l'Occultation majeure (329 / 940). »

[ Il est néanmoins plus vraisemblable que les trois premiers « délégués » furent ceux du onzième imam retenu prisonnier dans un camp militaire par le pouvoir abbasside.

Le quatrième eut sans doute à gérer une situation laissée en déshérence par son prédécesseur après le décès de l'Imâm Hasan.

La préexistence d'un douzième Imâm – Muhammad al-Mahdi – est une affaire de foi. ]

Cf. Henry Corbin La prophétologie shi'ite duodécimaine [ de ] L'imâm caché  Prophétologie et Imâmologie (1975)

« Le nom de « Septimains » [ se ] réfère à une imâmologie qui considère par groupe de sept [ où l'on ne compte que six Imâms ] la lignée des Imâms se succédant les uns aux autres.

« Le nom de « Bâtiniens » – littéralement les « Esotéristes » – qualifiant à juste titre les gnostiques professant que tout extérieur – « Zâhir » – [ dans l'exotérique ] à un sens intérieur – « Bâtin » – [ dans l'ésotérique. ]

« La dénomination [ ismaélite ] se rattache au septième Imâm – l'Imâm Ismâ'îl fils de l'Imâm Ja'far as-Sâdiq [ qui est en réalité le sixième puisque les Ismaéliens ne compte pas l'Imâm Hasan qui renonça à l'Imâmat après l'assassinat de l'Imâm 'Alî ibn Abu Talib. ]

« Ismâ'îl mourût avant son père et l'Imâm Ja'far reportât [ sa ] succession sur le frère d'Ismâ'îl – l'Imâm Mûsâ al-Kâzim que les shi'ites duodécimains considèrent comme le septième Imâm ...

« ... tandis que les Ismaéliens reportaient leur allégeance sur l'Imâm Muhammad [ al-Maktum ] – [ le ] fils d'Ismâ'îl. »

[ On ne peut toutefois pas exclure que l'Imâm Ja'far as-Sâdiq ait délibérément produit cette double allégeance comme expression d'une providence particulière dans la transmission de sa charge exemplaire d'une façon pour ainsi dire prophétique. ]

« Le décès prématuré de l'Imâm Ismâ'el marqua l'entrée de l'imâmat ismaélien dans une clandestinité qu'il ne faut pas confondre avec l'occultation du douzième Imâm telle que la conçoit le shi'isme duodécimain.

« Cette clandestinité dura jusqu'à l'avènement triomphal de la dynastie fâtimide au Caire en 297 / 909 avec l'Imâm 'Ubaydu'Llâh.

[ Ce qui pouvait suscité un soupçon si ce n'est sur la succession du fils de l'Imâm Ismaël – Muhammad al-Maktum – au moins sur celle de l'Imâm 'Ubaydu'Llâh. ]

« La lignée des Imâms fâtimides se perpétue pendant plus de deux siècles.

« Elles est marquée par de grands noms et de grands épisodes [ dont celui ] du sixième Imâm fâtimide [ qui retient notre attention : ] 

« - al-Hâkim bi-Amri'Llâh mort à trente-six ans en 411 / 1021 qui est à l'origine du mouvement et de la religion des Druzes

« [ et celui ] du huitième Imâm fâtimide [ qui sort de facto de nos considérations : ] 

« - al-Mustansir bi'Llâh dont la mort en 487 / 1094 entraîna la scission de la communauté ismaélienne en deux grands rameaux [ dont la division c'est perpétuée depuis ] : 

« - l'un fidèle à l'Imâm Nizâr [ qui se serait maintenu dans la forteresse d'Alamût ]

« - l'autre à l'Imâm Mosta'lî  tous deux fils [ de l'Imâm ] al-Mustansir. »

[ La lignée fâtimide devait s'éteindre au décès de l'Imâm al-Âmir en 524 / 1130 avec la disparition de son fils – al-Tayyib – que Corbin compare à celle du douzième Imâm duodécimain de 260 / 873 que son délégué maintien jusqu'en 329 / 940.

Les forteresses nizârites ruinée par les Mongols en 1256, la communauté des Khojas se regroupe en Inde sous l'autorité de l'Aga Khân tandis que celle des Bohras maintient les traditions fatimides sous l'autorité d'un « Dâ'î ». ]

Cf. Henry Corbin La prophétologie ismaélienne [ de ] L'imâm caché  Shi'isme duodécimain et shi'isme ismaélien (1975)

Compte tenu du statut occulte de l'Imam Hasan dans l'imâmisme ismaélien, on peut supposer quelque chose de comparable à ce que Spencer Lewis avait imaginé vers 1909 pour le réveil de son ordre rosicrucien après une période de sommeil de 108 ans.

Les phases qui alternent ici sont celles des six imâms où les imâmat d'Ismaël, d'Ubaydu'Llâh et d'al-Hâkim sont les échéances cycliques qui s'inscrivent dans les éons du « sæculum intelligibile » théorisé par Corbin  ce qui rend l'imâmat d'al-Hâkim si paradoxal.

Dans les généalogies ismaélites l'Imâm Ismaël apparait comme le sixième après Ja'far as-Sâdiq ; Muhammad 'Ubaydu'Llâh al-Mahdî comme le sixième après l'Imâm Abdu'Llâh ar-Radî  et l'Imâm al-Hâkim comme le sixième après le Calife Abû Mansûr Nizâr al-'Aziz.

Autrement dit : l'Imâm 'Ali Abu Talib (+ 661), l'Imâm Ismaël (+ 775) et Muhammad 'Ubaydu'Llâh al-Madhi (+ 934) sont les Imâms racines de ces généalogies par rapport auxquels al-Hâkim pouvait prétendre au même charisme en vue d'une nouvelle période d'occultation.

Le voyage vers l'Orient de Gérard de Nerval fut irrigué en 1843 par cette perspective apocalyptique à laquelle le voyageur espérait s'initier en séjournant chez les Druzes  ce qui devait lui inspirer quelques années plus tard une « Histoire du Calife Hakem ».

« De l'Archange [ du ] Logos initial procède une théorie archangélique d'Intelligences formant [ ... ] un plérôme suprême de dix Intelligences chérubiniques [ dans lesquels on peu reconnaître la décade de l'Ipséité incréée. ]

« C'est au sein de ce plérôme [ que se joue le dramaturgie ismaélienne ] de l'Adam spirituel [ dans lequel nous reconnaissons le prototype supérieur de la Lumière muhammadienne comme Perfection de l'Adam charnel investie par l'âme du Christ. ]

« Les Druzes ont été comparés successivement aux pythagoriciens, aux esséniens, aux gnostiques et il semble que les templiers, les rose-croix et les francs-maçons modernes leur aient emprunté beaucoup d'idées. » [ ... ]

« Lady Stanhope qui vivait dans le pays des Druzes [ où Lamartine l'aurait visité en 1832 ] et qui s'était infatué de leurs idées avait [ ... ] dans sa cour un cheval tout préparé pour le Mahdi qui est le même personnage apocalyptique [ qu'al-Hâkim ] ...

« ... et qu'elle espérait accompagner dans son triomphe. On sait que ce vœu a été déçu. »

[ Esther Stanhope devait décéder en 1839. Henri Lemaitre évoque à son propos « un illuminisme syncrétique où se mêlaient des éléments musulmans, druzes et napoléoniens » – ce qui explique la devise républicaine relevée par les Callebaut en 1979.

Gérard de Nerval considère en effet la religion des Druzes comme un syncrétisme où la divinité se serait incarné une dizaine de fois « en différents lieu de la terre » :

1 - dans l'Inde d'abord [ où elle fait référence au « Bouddha des Hindous »  ]

2 - en Perse plus tard [ où elle doit se référer au Zoroastre de Salman ]

3 - au Yémen [ où elle ne peut se référer qu'à la tradition sabéenne de Muhammad ]

4 - à Tunis [ qui ne peut faire référence par anachronisme qu'au Sheikh al-Akbar ]

5 - et ailleurs encore [ qui doit forcement faire référence à l'Egypte d'al-Hâkim ]

Cette liste fait ensuite référence aux anges de leurs ministres où la présence de Métatron indique qu'il ne s'agit en réalité que des quatre colonnes du Trône : « Gabriel – Michel – Israfil  Azariel ». Nous gardons l'orthographe proposée pour Israël et Azraël.

La suite du propos montre que le catéchisme druze a ensuite divinisé al-Hâkim pour introniser Hamza parmi les ministres qu'il identifie à d'autres personnages : « Schatnil – Pythagore – David – Schoaïb  Salman el-Farsi ».

Ce qui n'est pas sans une certaine forme de satanisme pour l'époque d'Adam et d'hérésie du temps de Jésus où « Schoaïb » était en réalité le vrai Messie qui se nommait « Eléazar ».

Hamza était par conséquent le prophète d'al-Hâkim et Eléazar le Messie de Jésus – la référence aux dix-sept religions de Gérard de Nerval n'impliquant ici que le culte des anges et de leurs étoiles sous la dix-septième arcane.

Sous cette arcane apparaissent alors les sept de l'octave avec les dix qui précèdent où l'on ne retrouve que Pythagore dans un double emploi plutôt intrigant : « Adam – Hénoch – Noé  Abraham – Moïse – Pythagore – [ Eléazar ] – Mahomet ».

La présence d'Adam parmi les sept est sans doute une trace d'ébionisme mandéen que l'historiographie la plus fréquente attribue souvent aux Sabéens du Yémen ou à l'hermétisme énochien.

Quant à la perspective apocalyptique de Lady Stanhope, Nerval estime d'une façon somme doute mystérieuse que le Mahdi ne pourrait reparaître après Mahomet qu'en l'an 2.000 !

Cf. Gérard de Nerval – Voyage en Orient – Druzes et Maronites – Le prisonnier – Le cheik druze (1851)

   

    

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