Le signe de la Vierge et le petit livre de Jean

...

« Dieu s'est donc fait Homme et le Seigneur lui-même nous a sauvés en nous donnant lui-même le signe de la Vierge [ qui fut une prophétie pythagorique de Virgile à l'époque d'Auguste avant que le signe de la Vierge ne devienne la Vierge du signe apocalyptique. ]

« On ne saurait dès lors donner raison à certains qui osent [ à la fin du deuxième siècle de l'ère chrétienne ] traduire ainsi l'Ecriture : « Voici que la jeune femme concevra et enfanta un fils. »

« Ainsi traduisent en effet Théodotien d'Ephèse et Aquila du Pont – tous les deux prosélytes juifs.

« Ils sont suivis par les Ebionites [ dans « la mouvance judéo-chrétienne » qui voulait garder l'essentiel du judaïsme et qui ont été rapidement classés dans « la catégorie des hérétiques » par les autorités romaines ] qui disent Jésus né de Joseph ...

« ... détruisant ainsi autant qu'il est en eux cette grande économie [ cyclique ] et réduisant à néant le témoignage des prophètes qui fut l'œuvre de Dieu.

[ Ces ébionites sont en réalité les témoins de la prédiction baptismale de Jean et les pauvres de la tradition synoptique qui subsistent dans la religion mandéenne tandis que la mouvance judéo-chrétienne désigne les origines apostoliques de la tradition romaine.

Saint Irénée en s'attachant à la Vierge du signe revendique une réappropriation de cette tradition dont les origines païennes sont pythagoriques dès lors que l'aboutissement de cette réappropriation coïncide avec la tradition grégorienne de l'église pontificale. ]

« Il s'agit en effet d'une prophétie qui fut faite avant la déportation du peuple [ juif ] à Babylone  c'est-à-dire avant l'hégémonie des Mèdes et des Perses ; ... [ cette réappropriation étant désormais tenue de se justifier par une herméneutique vétérotestamentaire  ]

« ... cette prophétie fut ensuite traduite en grec par les Juifs eux-mêmes longtemps avant la venue de notre Seigneur [ sous le joug de la civilisation hellénistique ] ...

« ... en sorte que personne ne puisse les soupçonner d'avoir traduit comme ils l'ont fait dans l'éventuelle pensée de nous faire plaisir [ dans cette réappropriation ] : ...

« ... car s'ils avaient su que nous existerions un jour et que nous utiliserions les témoignages tirés des Ecritures, ils n'auraient certes pas hésité à brûler de leurs mains leurs propres Ecritures, ...

« ... elles qui déclarent ouvertement que toutes les autres nations auront part à la vie et qui montrent que ceux-là mêmes qui se vantent d'être la maison de Jacob et le peuple d'Israël sont déchus de l'héritage de Dieu. »

[ Cette philippique ne peut ensuite s'adresser qu'aux factions du peuple d'Israël dans la maison de Jacob qui n'ont pas trouvé part à la vie du Christ – en particulier aux tenants rabbiniques des traditions talmudiques. ]

Cf. Irénée de Lyon dans la deuxième partie du troisième livre qu'il oppose aux hérésies cité par Georges Soler dans son introduction aux Métamorphoses de Bacchus (2017) :

« Irénée de Lyon pense que les Hébreux ont travesti les prophéties et les ont traduites dans un sens qui n'est pas le bon  [ et ] combat les Ebionites qui étaient des adeptes juifs de Jésus de Nazareth. »

L'épitre aux Hébreux qu'on attribue à Paul mais que nous datons de la fin du premier siècle de l'ère chrétienne comme le texte néotestamentaire le plus récent relève déjà de la même opposition entre les Hébreux et la mouvance judéo-chrétienne.

Le canon la place en dernière position parmi les quatorze épitres de Paul en introduction aux sept épitres catholiques qui témoignent de leur intégration à la mouvance judéo-chrétienne contestée par Marcion au siècle suivant.

Cette contestation est ensuite portée par l'église syriaque qu'on qualifie de nestorienne mais qui est en réalité celle d'Antioche pour laquelle la Mère de Dieu révélée par Jean à Ephèse reste celle du Christ telle qu'elle lui est donnée dans son évangile – cf. Jean XIX 27.

Ephèse était déjà en effet à l'époque de cette Révélation apocalyptique la tête des Sept églises asiates fondées par Paul en Asie mineure auxquelles elle s'adresse :

30 - Evangile selon Matthieu par l'apôtre Matthias

40 - Evangile selon Marc par Jean l'Ancien + première épitre de Pierre

50 - Evangile de Luc à Théophile + seconde épitre de Pierre

60 - Actes des apôtres Pierre et Paul + épitres catholiques de Jacques et de Jude

70 - Apocalypse de l'apôtre Jean [ Révélation de Celle qui contient Celui qui contient Tout ]

80 - Evangile du Théologien attribué à l'auteur de la première épitre johannique

90 - Epître aux Hébreux adressée aux Ebionites mandéens

Le Pasteur d'Hermas fait par ailleurs mention vers la moitié du deuxième siècle d'un petit livre qu'on retrouve également dans l'Apocalypse de Jean au chapitre X dont nous avons bien saisi l'importance mais en ne lui accordant jusqu'ici qu'une valeur strictement symbolique.

Or il pourrait s'agir d'un protévangile qui aurait servi de modèle à l'évangile johannique en identifiant Lazare au disciple bien-aimé tel que Jean en l'ingérant le mettrait en rapport avec le chapitre suivant où il est question des deux témoins – le Christ et le Sceau des prophètes.

La douceur du miel et son amertume dans les entrailles du voyant sont alors à mettre en rapport avec le livre de l'épitaphe des sept dormants dans le Noble Coran et avec celui que le Pasteur d'Hermas identifie spontanément à un livre sibyllin.

Quant au beau jeune homme qui révèle au Pasteur d'Hermas la véritable identité de la sibylle en l'identifiant à l'Eglise, sa vision ne peut être qu'en rapport avec celle du jouvenceau que le Sheykh al-Akbar contemple ensuite dans la Pierre noire de la Ka'ba.

Si les paroles cachées que Jésus a confié à son didyme dans l'évangile de Thomas sont les seules sources gnostiques qu'on puisse donner aux narrations de la tradition synoptique, le petit livre de Jean est ici celle dont le secret implique la révélation du signe de la Vierge.

Le Pasteur d'Hermas était quant à lui repris par le Sinaïticus et le Canon de Muratori dont les textes étaient considérés comme inspirés par les Pères apostoliques avant la rupture paradigmatique de la patristique du quatrième siècle.

   

    

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