Trois ruptures paradigmatiques

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Le shi'isme comme fitna est le fruit de trois ruptures paradigmatiques concentriques qu'on pourrait interpréter comme le corps, l'âme et l'esprit du schisme :

- le corps du schisme correspond à la dynastie séfévide s'identifiant à la tradition imamite akhbârie que nous identifions à l'imâmisme duodécimain ou mosaïque par référence à l'Imâm Mûsâ  l'un des deux fils de l'Imâm Ja'far as-Sâdiq

[ L'imâmisme mosaïque apparaît alors comme le double symétrique de l'imâmisme ismaélite abusivement qualifié de septimain par référence à l'imâm Muhammad al-Maktum puisque l'Imâm Hasan ibn 'Alî fut le premier à être occulté par les 'Alîdes. ]

- l'âme du schisme correspond à la constitution du clergé usuli de l'état kadjar en rupture avec la tradition akhbârie qui refusait toute représentation cléricale depuis la grande occultation de l'imam caché qui correspond à la disparition de son quatrième Bâb

[ La tradition akhbârie apparaît alors comme un prolongement de la tradition 'alawite qui ne reconnaitrait que trois Bâb à l'Imâm caché avec lequel ils entretiennent sans doute un rapport plus pragmatique qui n'impliquerait pas nécessairement sa surexistence. ]

- l'esprit du schisme correspond à l'occultation du Bâb dans le Sheykhisme où il apparaît comme le quatrième pilier de la révélation en relation avec l'Imâm caché à la suite du Tawhîd coranique et du Sceau des prophètes.

[ Le quatrième pilier incarné par une suite indéfinie d'intermédiaires privilégiés apparaît alors dans le sheykhisme comme une épiphanie cryptique de l'Imân telle qu'elle apparaît avec la Foi des croyants parmi les théophanies akbariennes du Sheykh al-Akbar. ]

C'est cette suite de ruptures paradigmatiques qu'est venu briser le Point du Bayan en se manifestant publiquement comme le nouvel intermédiaire de l'Imam caché mille ans après son occultation préalable dans l'attente eschatologique de celui qu'il précède.

[ Les trois premiers Bâb n'étaient en réalité que les intermédiaires de son prédécesseur : le onzième imâms des duodécimains retenu prisonnier dans un camps militaire sous les Abbassides suite aux brèves responsabilités politiques assumés par son prédécesseur. ]

Celui qui devait être manifesté dans le Bayan  « al-Hayy » – est le Vivant hypostasié par celui qui déclare dans l'Evangile de Jean (XIV 6) être « la Voie, la Vérité et la Vie » dont le Sceau des prophètes est à la fois le Témoin et le Guide pour la prière de l'Ouverture khalwatie.

[ L'imâmologie bayânie reste indéfinie puisqu'elle identifie son millénarisme (1260) à ce que la tradition akhbarie décrit comme une petite occultation consécutive au décès du onzième imâm (260) qui peut s'interpréter comme un retour vers sa tradition originelle. ]

« Une seule chose est à regretter. Le matériel dont pouvait disposer Haydar Âmolî [ pour tracer ses diagrammes ] est tout entier emprunté à l'encyclopédie d'histoire des religions de Shahrastânî (+ 1153). » [ ... ]

« Les uns classent [ les septante-deux religions ] d'après les sept climats de la géographie traditionnelle ; ...

« ... d'autres les répartissent selon les (4) régions du monde ; ... [ N.S.E.O ] 

« ... d'autres selon les (4) empires ; ... [ Perse, Arabe, Byzantin et Indien ]

« ... d'autres enfin d'après les opinions et les doctrines [ des quatre communautés du Livre : ]

« ... les Mazdéens comprennent septante branches ; ...

« ... les Juifs en comprennent septante-et-une ; ...

« ... les Chrétien en comprennent septante-deux ; ...

« ... les Musulmans en comprennent septante-trois. »

[ Ce qui donnerait à ces derniers une position centrale dans ces diagrammes semblable à la septième dans une symbolique chromatique où nous l'avons identifier à la Vie, à l'Amour ou à la Lumière théophanique de l'esprit selon le degré où elle se situe.

Nous avons ensuite élargi ce prisme qui comprend également l'Hindouisme, le Bouddhisme et le Taoïsme aux infra-rouges et aux ultra-violets avec le Jaïnisme et le Mazdéisme comme expressions de la tradition primordiale et eschatologique.

L'intégration de ce prisme dans une arithmosophie de la décade où c'est le nombre septante-deux qui occupe une position centrale suppose encore deux traditions religieuses que nous avons identifiées aux théogonies et aux cultes stellaires de l'astrologie.

Ici les Mazdéens d'Iran ont pris la place des Sabéens du Yémen parmi les « ahl al-Kitâb » dans le sillage de Salman le Perse. Par ailleurs leurs nombres font explicitement références aux sourates 73 et 74 compte tenu de la première (1) qui doit leur être soustraite. ]

Cf. Henry Corbin – Le paradoxe du Monothéisme – Les diagrammes de l'Un unifique et des théophanies multiples (1981)

On n'évoque ici que deux des vingt-huit diagrammes construits par Haydar Âmolî (+ 1408) sur les lettres arabes à partir des noms divins qui ne nous permettent pas de les rattacher à l'ésotérisme des lettres isolées (78) dans leurs monogrammes (30).

Le diagramme des Miroirs présenté par Corbin avec ces deux là est construit sur une flamme centrale qui se reflète dans un cercle de vingt-et-une flammes (T6) entre quatre flammes périphériques – chaque flamme émanant d'un miroir sphérique.

    

    

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